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Et si on faisait lait comptes?

S’il y a sujet agricole qui fait la Une, c’est bien celui des producteurs laitiers. Entre les revendications des agriculteurs, les réponses des grandes surfaces et le prix de nos briques de lait, difficile de savoir à quel lait se vouer. Alors aujourd’hui, le blog de l’agriculture expliquée par ceux qui la connaissent fait les comptes, les vrais : ceux des producteurs laitiers. Comment calculent-ils leurs revenus ? Pourquoi et comment le prix du lait fluctue ? Résonnances vous dévoile les coulisses d’un conflit économique et agricole à surveiller comme le lait sur le feu.

D’abord, comme tous les éleveurs, les producteurs laitiers n’ont pas la main sur le prix de vente de leur production, fixé par l’organisme collecteur et transformateur qui l’achète. En agriculture comme dans le commerce, le client est roi ! En réalité, les revenus de nos producteurs de lait dépendent de deux types de paramètres : ceux sur lesquels ils peuvent agir et ceux auxquels ils sont soumis.

Premier de ces paramètres extérieurs sur lesquels leur champ d’action est quasi nul : le climat. Hé oui, ce n’est pas la 1ère fois qu’on vous le dit ici, les relations entre mère Nature et l’agriculture ne sont pas toujours un long fleuve tranquille. Sans surprise donc, dans la production laitière aussi les conditions climatiques sont une composante essentielle de la fluctuation de leur production… et de leurs revenus !

Deuxième paramètre intraitable avec nos éleveurs : le contexte mondial et ses marchés. Aujourd’hui, mondialisation oblige, le lait est soumis à la même loi du marché que les autres produits agricoles. Résultat, son prix fluctue au rythme du cours du beurre, de la poudre de lait ou de certains fromages mais aussi en fonction de l’offre et de la demande. Et ce n’est pas tout ! La géopolitique aussi joue sur le prix de votre bol de lait chaud matinal : elle influence le manque ou l’excès d’un produit au niveau de ces échanges mondiaux et peut entrainer très rapidement des difficultés momentanées, parfois organisées par des opérateurs et pays influents. Il faut savoir que les échanges entre les grands bassins mondiaux (Europe, Asie, Afrique, Amérique…) représentent à peine 10 % de la production mondiale, soit 80 millions de tonnes sur 800 millions produits sur l’ensemble des pays.

Troisième facteur de notre liste, la parité entre les monnaies. Comme toutes les entreprises internationales, les exploitations de nos producteurs laitiers hexagonaux subissent les variations permanentes de l’équilibre monétaire mondial !

Enfin, quatrième et dernier paramètre sur lequel nos exploitants n’ont pas la main : les aides de la PAC. Qu’elles soient directes, liées à la quantité produite, répondant à des pratiques environnementales, à des conditions difficiles de production… leur montant diminue chaque année.

Climat, géopolitique, bourse, Europe… nos producteurs de lait sont de véritables chefs d’entreprise tenus d’avoir « la tête dans les marchés et les pieds dans la ferme. » Heureusement pour nos businessmen en bottes en caoutchouc, leurs revenus ne dépendent pas uniquement de facteurs extérieurs indépendants de leur savoir-faire, bien au contraire.

Premier fruit de leur travail en relation directe avec leurs revenus : leur production annuelle et sa répartition mensuelle. Le prix du lait fixé par le transformateur varie chaque mois en fonction de sa quantité et de sa qualité. En plus d’analyses réalisées plusieurs fois par mois pour vérifier la richesse de leur lait en matières utiles (matière grasse, taux de protéine, niveau de lipolyse…), un échantillon est prélevé automatiquement à chaque ramassage pour analyse et permet d’écarter le cas échéant un lait non conforme avant son entrée à l’usine. Si la moindre baisse de qualité ou anomalie bactériologique est détectée, les éleveurs sont fortement pénalisés financièrement. En plus du chiffre d’affaires constitué par la vente de leur lait, les producteurs intègrent aussi à leurs revenus (15 % à 20 % environ) la partie viande de leurs troupeaux : la vente de certains veaux et des vaches de réforme, celles qui ne peuvent plus produire de lait.

Autre paramètre sur lequel nos éleveurs ont la main :
leurs charges ! Les fixes d’abord, liées à la structure de l’exploitation :
– Le coût de la terre et des améliorations foncières : fermage ou propriété, drainage…
– Les coûts liés aux bâtiments d’élevage et de stockage : stabulation vaches et génisses, nurserie pour les veaux, silos à fourrage…
– Les coûts de matériel : la machine à traire, le ou les tracteurs, les machines de travail du sol, de semis…
– L’eau et l’électricité et le fuel.
– Les assurances maladies, accidents du travail, bâtiments, pertes de récoltes…
– Leurs frais de comptabilité et de gestion réalisés par un organisme agréé.

Viennent ensuite les charges proportionnelles, qui varient en fonction de la production de lait mais aussi du prix du pétrole et du coût de la protéine de soja. Ces charges variables sont calculées par animal, par hectare, par litre de lait produit… Elles comprennent les coûts :
– Des semences fourragères : maïs, herbe,…
– De la fertilisation minérale (azote, phosphore et potassium) utilisée pour la production des différents fourrages.
– Des concentrés énergétiques et protéiques achetés et distribués aux animaux en complément des fourrages, des minéraux et additifs nutritionnels.
– Des frais de reproduction : insémination artificielle, ou taureau pour la monte naturelle, diagnostic de gestation.
– Des frais vétérinaires qui regroupent la prophylaxie, les médicaments utilisés pour traiter les maladies (comme chez les humains) et les honoraires des praticiens.

Résultat ? Il y a autant de producteurs laitiers français que de revenus ! Les moyennes masquent trop souvent des conditions de production très différentes : un jeune qui démarre ne peut avoir au départ le même revenu qu’un éleveur installé depuis 20 ans et ayant amorti une bonne partie de ses charges fixes. Nos éleveurs laitiers doivent donc tout mettre en œuvre pour maîtriser au mieux les facteurs qui régissent leurs revenus : volume, produit et charges. Comme beaucoup d’agriculteurs, ils sont à la fois agronomes, zootechniciens et gestionnaires. Ils peuvent heureusement compter sur l’inaltérable solidarité paysanne pour progresser, en échangeant avec leurs collègues lors de formation ou lors de groupes de travail mis en place par les structures agricoles françaises.