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Sans eau… Pas d’agriculture ?

Pas besoin d’être agriculteur ou agronome pour savoir que l’eau est indispensable dans le cycle de la vie et dans celui de nos cultures. Mais savez-vous   que l’irrigation joue un rôle majeur dans ce délicat équilibre entre nature et productivité agricole notamment pour certaines cultures ? Aujourd’hui le blog de l’agriculture expliquée par ceux qui la connaissent approfondit les dessous et les enjeux de ce système millénaire.

Six fois millénaire même ! En effet dès l’Antiquité, l’irrigation était utilisée pour la production de céréales, dans des zones arides ou semi-arides comme la Mésopotamie, les eaux de l’Euphrate et la vallée du Nil ou encore pour la culture du riz en terrasses en Asie. Ces systèmes d’aménagements hydrauliques et de gestion coordonnée de l’eau à base de canaux, rigoles et réservoirs furent les premiers d’une longue série dans l’histoire assoiffée de l’agriculture ! En effet, quelle que soit la région du globe ou la civilisation concernée, tous les cultivateurs sont d’accord depuis la nuit des temps : pas d’eau pas d’agriculture ! Dans les zones désertiques et zones tropicales sèches notamment, l’irrigation offre des résultats phénoménaux et constitue la clé du développement agricole pour nourrir la population. Même les systèmes d’irrigation simples tel que l’écoulement de l’eau en surface dans des rigoles, peuvent suffire à sécuriser les volumes et la qualité des récoltes ; ils pérennisent les fermes, contribuent à créer des emplois et participent au dynamisme territorial. Autres bienfaits de l’irrigation, garante d’une production régulière et de qualité, elle est la première assurance récolte des cultures fruitières et maraichères en zones à fort déficit hydrique estival. Enfin l’irrigation permet de lutter contre le gel. Si si puisqu’on vous le dit ! Utilisée dans les vignobles de grands crus comme on l’a vu en 2021 et 2022, les végétaux sont protégés du gel grâce au caractère exothermique de la transformation physique de l’eau liquide en glace quand la température ambiante descend de quelques degrés en dessous de zéro. Non ce n’est pas de la magie, c’est de la science !

Bref vous l’aurez compris, l’irrigation a plus d’un bienfait dans son sac et les agriculteurs ne s’y sont pas trompés en multipliant au fil du temps et des régions de nombreuses méthodes : irrigation traditionnelle par ruissellement de surface, irrigation par aspersion, micro-irrigation et goutte à goutte. Mais quelles que soient les méthodes d’irrigation utilisées, elles mobilisent l’eau disponible avec parcimonie. Ainsi en France seulement 6 % des surfaces agricoles cultivées sont irriguées. Cela concerne soit des cultures spéciales (maraichage, fourragères, fruits…) soit des zones séchantes ou des périodes critiques du cycle cultural. Grâce à son climat tempéré, et même s’il existe des disparités d’une région à l’autre, l’Hexagone ne manque pas d’eau et celle réservée à l’agriculture ne représente aujourd’hui que 1,7% de la pluie tombée sur le pays en une année. Mieux encore, les observations climatiques des cent dernières années montrent une accélération des précipitations annuelles de près de 10% avec une pluviométrie plus accrue l’hiver que l’été.

Bien entendu, les agriculteurs n’ont pas un accès illimité à l’eau car l’agriculture n’est pas le seul secteur assoiffé du pays ! La gestion de ce précieux breuvage repose sur une organisation régionale et rationnelle qui vise à partager la ressource disponible dans le but de répondre à tous les usages :  eau potable, industrie, agriculture, production d’énergie, loisirs et milieux aquatiques. Pour cela, les agences de l’eau définissent des objectifs et des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux. Elles fixent chaque année aux agriculteurs les volumes maximum d’eau disponible pour l’irrigation en fonction de l’état des ressources et des stocks disponibles. Les agriculteurs sont tenus de respecter ces volumes et d’enregistrer leur consommation. Sans surprise, l’irrigation en France est donc l’une des activités agricoles les plus contrôlées et le plus gérées collectivement en concertation avec les pouvoirs publics !

Cependant, avec le réchauffement climatique et l’accroissement de la variabilité des pluies, les tempêtes, les risques d’inondations, les excès thermiques la gestion de l’eau doit encore s’améliorer et l’heure n’est pas à l’abandon des projets d’investissement dans ce domaine : la gestion de l’eau demande de stocker une ressource abondante en hiver pour mieux la répartir en été, dans des retenues de volume variable et acceptable par la société ainsi que dans des lacs collinaires notamment.

La mise en œuvre de l’irrigation doit s’inscrire dans une approche cohérente du système de culture : adaptation des espèces aux caractéristiques du milieu, sélection et choix de variétés particulièrement résistantes à la sécheresse, choix des périodes de semis et des pratiques culturales minimisant les risques…

Le « Varenne de l’eau et l’adaptation au changement climatique » initiative gouvernementale, qui s’est tenue durant l’année 2021 et qui regroupe de nombreux acteurs insiste sur plusieurs impératifs :

  • Anticiper et protéger l’agriculture des aléas climatiques
  • Conduire une approche globale incluant les sols, les variétés, les méthodes culturales et l’efficience de l’eau
  • Développer une approche partagée de l’accès à l’eau pour l’agriculture sur le long terme

Résultat, en France, l’irrigation ne compromet pas l’équilibre du bilan hydrologique car l’essentiel des prélèvements est réalisé à partir de réserves renouvelables, majoritairement sur un cycle annuel, à partir de nappes de surfaces, rivières, lacs et retenues d’eaux et avec des objectifs calés sur l’état annuel des réserves disponibles.

De plus, même si le prix de l’eau constitue à lui seul un frein au gaspillage, les agriculteurs raisonnent leur irrigation pour en améliorer l’efficience via par exemple l’amélioration et l’optimisation des matériels d’aspersion, de localisation et goutte à goutte,  l’acquisition de compteurs d’eau et d’outils de pilotage de l’irrigation pour raisonner leurs apports au plus près des besoins de la plante (installation de sondes mesurant  l’humidité dans le sol, modélisation des besoins en eau, système d’avertissement en temps réel et à distance…).

Conclusion, si l’eau est bien The ressource indispensable à l’agriculture, les cultivateurs n’en manquent pas pour trouver des moyens toujours plus ingénieux d’irriguer leurs champs !