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Histoire des cultures : le miscanthus

Sur le blog de l’agriculture expliquée par ceux qui la connaissent, on ne parle pas uniquement de grosses mécaniques qui roulent à travers champs, de techniques agricoles et de chimie verte. Non, parfois des jolies plantes poussent de-ci de-là au gré d’articles qui sentent bon les soirs de printemps et les pluies du bout du monde. Alors aujourd’hui, profitez d’un de ces instants suspendus, le temps de lire notre belle histoire de végétal, celle du miscanthus.

Cette graminée vivace née en Asie centrale et implantée en France depuis près de 20 ans porte en réalité bien des noms. Grand roseau à la croissance si rapide qu’il peut atteindre 4 mètres de hauteur, le miscanthus sinensis de son nom latin, est aussi appelé Eulalie, roseau de Chine et de Japon, herbe à éléphant ou encore miscanthus giganteus en Afrique.  Mais alors, à quoi ressemble ce végétal aux multiples pseudonymes ? Le miscanthus est une belle plante parée de hautes touffes élancées et légèrement évasées que l’on remarque de loin. Dès la fin de l’été, de son port altier, souple et rustique, elle dresse au-dessus de ses longues feuilles enrubannées ses inflorescences plumeuses, en panicules vertes, panachées, argentées, roses, pourprées ou beige doré. Ces explosions de matières et de couleurs se pavanent au gré du vent tout l’automne et restent belles jusqu’au cœur de l’hiver. Notre touffue plante du jour mesure – selon les variétés cultivées en France – de 0,80 à 2,50 mètres et peut être cultivée seule, en fond de massif ou comme écran végétal par exemple.

Et en agriculture alors ? Pour obtenir une belle productivité, un agriculteur sensible aux charmes du miscanthus doit implanter un minimum de 10 000 pieds (rhizomes) par hectare. Ses plants peuvent ensuite être exploités pendant plusieurs années et produisent entre 12 et 14 tonnes de biomasse par hectare et par an. La récolte du miscanthus s’échelonne de la fin de l’été jusqu’à la sortie de l’hiver. Cela a un effet sur le rendement : l’écart entre les récoltes précoces et tardives varie de 5 à 30% selon les années tout en diminuant au fil des récoltes. Vous n’avez pas compris ? On vous explique : le miscanthus récolté à l’automne démarre généralement un peu plus tôt au printemps que celui récolté en sortie d’hiver, ce retard se comble donc en cours d’année et le miscanthus récolté en sortie d’hiver prend l’avantage sur l’autre au cours de l’été. Récolté à la sortie de l’hiver, le tonnage s’élève de 10 à 15 tonnes de matière sèche par hectare, dans les sols profonds non hydromorphes (sains). Le taux de matière sèche des récoltes d’automne est de 46% et il varie selon les différents sites de 35 à 60%.

Maintenant que vous en savez plus sur son allure et sa culture, si nous nous intéressions à la nature de ses atouts ? Hé oui, le miscanthus n’a pas que vocation à faire de la figuration dans nos jardins, loin de là ! D’abord, notre végétal du jour est très facile à cultiver : il demande peu d’entretien après les deux premières années d’implantation du rhizome. C’est une culture pérenne à multiplication végétative, fortement productive grâce à un système de recyclage de l’azote très performant. Cerise sur le roseau de Chine, produit avec « zéro intrant », il est par exemple utilisé dans la protection des ressources en eau, comme sur l’aire d’alimentation de captage à Ammertzwiller (Alsace).Autre atout et pas des moindres : le miscanthus s’insère naturellement au sein des cultures énergétiques, ce qui l’inclut dans les cultures non-alimentaires comme le panic érigé. Ces cultures énergétiques dédiées sont des sources prometteuses de cellulose susceptibles d’être produites de façon durable !

Bon donc on résume : le miscanthus est une belle plante, facile à cultiver, qui vit en harmonie et pour le meilleur avec d’autres végétaux…. Mais… À quoi sert-il donc ce végétal ? Ces utilisations actuelles sont :

  • Le paillage horticole (jardineries, parcs des collectivités urbaines…) car il permet de garder l’humidité et de préserver la vie microbienne du sous-sol. Bonus bien-être, sa haute teneur en silicium est un anti-stress naturel pour les plantes.
  • La litière animale car le miscanthus est une véritable éponge grâce à un pouvoir absorbant trois fois supérieur à celui de la paille ! Par ailleurs, son pH neutre permet d’en faire un excellent compost.
  • Le chauffage : 65% des surfaces en France y sont consacrées. Il est notamment utile pour la production d’énergie dans l’industrie, dans certains modèles de chaudières automatiques domestiques ou encore dans la fabrication de biocarburants de 2ème génération.

Aujourd’hui, les surfaces françaises dédiées à la production de miscanthus sont estimées à 5 500 ha, un chiffre en hausse de près de 10 % par an depuis 2015.  Et si cette progression s’accélère, ce n’est pas que pour le panache de ses touffes hautes en couleurs ! En plus de ses nombreux atouts évoqués plus haut, notre végétal à la Une est aussi très bon pour l’environnement et donc pour l’avenir! En effet le miscanthus s’intègre aussi efficacement que naturellement au développement de la biomasse et constitue une nouvelle source d’énergie végétale importante. Le secteur de la construction par exemple, emploie 150 000 à 200 000 tonnes de produits biosourcés (ceux contenant au minimum 75 % de matière renouvelable) comme la fibre de bois ou des végétaux agricoles dont le miscanthus vous l’aurez deviné. Nous pouvons donc conclure notre histoire de végétal du jour en soulignant simplement que celle du miscanthus ne fait que commencer.