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Histoire de cultures : il était une fois la moisson

Qui dit nouvelle année dit nouvelle rubrique, en 2018, le blog de l’agriculture expliquée par ceux qui la connaissent inaugure histoire de cultures ! Évidemment, pour nous pas question de mettre la charrue avant les bœufs : 1er article de la rubrique, la moisson.

Il était une fois, il n’y a pas si longtemps dans un royaume pas du tout lointain, une moisson à l’image du célèbre tableau les « glaneuses » de Millet. Aussi bucolique à regarder que pénible à pratiquer. Malgré la faucille de l’Antiquité et la faux des temps plus modernes, jadis le principal outil des agriculteurs pour couper la paille portant les grains était… leurs mains. Courbés en deux sous la chaleur parfois écrasante des longues journées d’été, les paysans ployaient alors littéralement sous le travail pendant toute la période de la moisson. Une fois les plantes coupées, elles devaient encore être séchées, avant que leurs grains ne soient extraits à l’aide d’un fléau avec lequel ils tapaient sur les épis puis nettoyés avec un van.

Première innovation agricole d’une longue série, la javeleuse fit fureur dans les champs dès sa création. Plus facile à adopter que les claquettes chaussettes de 2018, cette nouvelle tendance révolutionne alors littéralement la moisson et pour cause : la javeleuse, tirée par des chevaux coupe en un passage environ 1 mètre de large de céréales et rassemble tiges et épis en petites gerbes (les javelles). Aux agricultrices et agriculteurs de ramasser et de lier chaque gerbe avant de les mettre en tas par 6 ou 8, épis en l’air pour parfaire leur séchage. Dernière étape, les mettre en meule pour les faire patienter jusqu’au battage hivernal.

Ensuite, ce n’est pas le prince charmant qui débarque sur son fier destrier mais la moissonneuse lieuse. Point de mèche blonde et de cheval blanc donc, mais une chose est sûre : les agriculteurs ont quand même dû avoir envie de l’embrasser en la voyant arriver ! Pas de princesse réveillée au compteur de notre moissonneuse tirée par des chevaux puis des tracteurs mais des plantes coupées, assemblées et liées en gerbe en 1 seul passage. Mais malgré un travail grandement facilité, la suite n’est pas un conte de fée pour autant. Toutes ces gerbes devaient en effet être chargées à la main sur des charrettes puis stockées à la ferme ou en meules en plein air en attendant le battage.

Le battage, c’est à fois un dur labeur et une partie de plaisir. Impossible ? Pas pour l’agriculture. On aime à le dire sur notre blog, l’histoire de nos cultures, c’est aussi l’histoire d’une convivialité, d’une solidarité qui traverse les champs et les époques. La moisson d’autrefois est peut-être le plus bel exemple de ce joli paradoxe, car c’est à la fois la période de l’année la plus fatigante et la plus festive. Elle durait alors plusieurs semaines et rassemblait presque tous les agriculteurs des environs dans un véritable partage des tâches. Le battage par exemple mobilisait presque 15 personnes par jour, réunies autour d’une batteuse à poste fixe.

Au programme : apporter les gerbes à la batteuse, couper les liens, faire glisser les pailles dans la machine, puis ensuite récupérer à la sortie de la machine de lourds sacs de grain (70/80 kg) pour les stocker dans les greniers situés aux étages. Il fallait aussi récupérer les bottes de paille, et les enveloppes des grains destinées à l’élevage des animaux (litière et alimentation). Après ces longues journées de labeur partagées, femmes, hommes et enfants se réunissaient autour de repas chaleureux et de veillées animées qui délassaient les membres… et les zygomatiques.

Aujourd’hui, la moissonneuse batteuse des années 50 a bien changé : largeur de la barre de coupe, rapidité, réglages automatiques, système de dépoussiérage, cabine de pilotage isolée et climatisée, conduite assistée, GPS, mesures en continu, cartographie des rendements… Les machines de 2018 récoltent plusieurs hectares par heure de travail ! Elles extraient le grain et le stockent dans une trémie, rejettent au sol pailles et les enveloppes. Bref, elles soulagent les agriculteurs d’une grande partie du labeur de la moisson d’autrefois. Mais si les longues semaines de travail sous le soleil appartiennent au passé, le souvenir des rires, des soirées et de repas partagés appartient lui à tout jamais aux mémoires des anciens et des nouvelles générations avec qui ils aiment les cultiver.