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Faut-il attendre une mauvaise récolte pour veiller au grain?

S’il est un adage qui a traversé les époques et les champs, c’est bien celui-ci : on récolte ce que l’on sème. Paradoxalement, alors qu’il s’applique à bien des domaines de notre vie, il n’est malheureusement pas toujours vérifié en agriculture.

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Pourquoi ? Parce que quel que soit le type de production agricole, on n’arrive toujours pas à prévoir les conditions climatiques ou l’ampleur du développement des ravageurs et des maladies ? La météo de l’année 2016 nous l’a douloureusement rappelé : en France, les productions végétales vivent une annus horribilis ; aucune culture n’a été épargnée, toutes les récoltes sont décevantes voire catastrophiques. La France et l’Europe de l’ouest en général, sont bien plus rarement exposées à ce genre d’accidents que ne le sont les pays aux climats méditerranéens ou continentaux. Néanmoins, en cas de mauvaise récolte céréalière notre économie et notre secteur alimentaire savent-ils veiller au grain?


Il y a encore quelques décennies, mauvaise récolte rimait avec disette ou famine. Mais depuis les années 1950, sous l’impulsion de l’Office interprofessionnel des céréales, la filière céréalière française a développé une capacité de stockage collectif de grains qui amortit le choc des aléas de production.

Son but ? Stocker les grains des années fastes pour compenser les manques des années maigres.

Les grains sont ainsi stockés par des coopératives ou des négociants en grains. Leurs silos sont  situés près des bassins de production et ou directement dans certains ports spécialisés qui possèdent des terminaux céréaliers (Rouen, La Rochelle, Bordeaux, Sète…). Ces derniers  permettant d’alimenter rapidement les commandes des acheteurs étrangers servis par bateau, principalement l’Afrique du Nord et l’Afrique Subsaharienne. En tout, la capacité de stockage est de plus de  58* millions de tonnes pour les céréales, oléagineux et protéagineux, auxquelles il faut ajouter la capacité de stockage temporaire des fermes qui s’élève à plus de 31 millions de tonnes* (dont 22 millions* ventilés).

Cerise sur le silo, en plus d’assurer la fiabilité de la logistique, ces capacités de stockage ont une autre vertu : elles permettent une gestion optimale des récoltes en lots, notamment quand la qualité est hétérogène.

Comment garantir qu’aucun grain ne se glisse dans les rouages de cette organisation au cordeau ?

La récolte est faite quand le blé est mûr (en dessous de 16% d’humidité vérifié par une mesure rapide). Le grain peut être stocké temporairement à la ferme ou livré directement à un organisme collecteur agréé. Avant d’entrer au silo, le nom de sa variété est enregistré, puis le grain est analysé pour déterminer ses qualités selon différents critères : humidité, impuretés, teneur en protéines, poids spécifique, qualité sanitaire… Le grain est ensuite classé et stocké par caractéristiques pour satisfaire tous les débouchés éventuels ultérieurs (boulangerie, biscuiterie, brasserie, alimentation animale, exportation…).

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Ces mesures effectuées à la livraison sont standardisées et normalisées et doivent être utilisées par tous les collecteurs. Il existe ainsi une grille de classement des lots de céréales qui permet de caractériser la collecte française.

Une fois livré et après avoir été mesuré de long en large, notre grain est trié, nettoyé, ventilé, séché (si besoin). Il est conservé dans des conditions permettant de préserver sa qualité et de le protéger des attaques de parasites ou d’insectes mal intentionnés.

Plus fourmis que cigales, grâce à cette organisation que La Fontaine n’aurait point dédit, nous pouvons ainsi, quand les stocks d’une année faste ne sont pas totalement utilisés, constituer des réserves pour les maigres années à venir.

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Si l’on ne peut pas prévoir des évènements endémiques ou météorologiques exceptionnels semblables à ceux de 2016, le volume des récoltes annuelles est lui, surveillé en permanence grâce à des prévisions et des enquêtes de terrain auxquelles tous les acteurs du secteur collaborent : agriculteurs, coopératives, négociants, instituts techniques, entreprises de commerce…

En plus d’un contrôle de l’état de la demande internationale et de la qualité du blé français, la production et la destination de chaque récolte sont soumises à un certain nombre de règles visant à éviter la pénurie sur notre territoire :

  • Les agriculteurs (sauf cas exceptionnel) vendent leurs récoltes à un organisme collecteur agréé par les pouvoirs publics.
  • Les stocks sont régulièrement évalués et partagés.
  • L’exportation de céréales hors du territoire européen est soumise à des certificats d’exportation fonction de la récolte, de l’état des stocks (afin de d’éviter tout risque de pénurie sur les marchés domestiques).
  • Tout cela sous la supervision d’un organisme paritaire qui assure la circulation et le partage des informations entre tous les maillons de la filière.

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Vous l’aurez compris, les productions céréalières françaises sont mesurées au compte-grain 365 jours par an et année après année pour éviter de revivre les années de famine qui sévirent durant des siècles. Impossible aujourd’hui d’imaginer une Marie-Antoinette s’écrier «qu’ils mangent de la brioche» ! En 2016, on sait veiller au grain en cas de mauvaise récolte.

*sources FranceAgriMer